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Communiqué sur le coup d'État militaire en Egypte

Communiqué sur le coup d'État militaire en Egypte

L'Égypte a vécu ces deux derniers jours des événements graves et douloureux qui se sont traduits par la mainmise sur les institutions de l'État, l'éviction du président élu et la suspension de la Constitution par les forces armées égyptiennes.

Le Mouvement Rachad condamne avec fermeté cet acte odieux qui ne peut être qualifié que de coup d'État militaire, malgré les tentatives des putschistes et de leurs alliés de le présenter à l'opinion publique sous une façade civile et religieuse comme étant un redressement révolutionnaire. Le coup d'État militaire est un écartement irrégulier du chef de l'État par l'armée - un ou des clans en son sein ou les services de sécurité - par l'usage de la force ou la menace de son usage.

Tout en reconnaissant à une partie de la population égyptienne le droit légitime à l'opposition et à la protestation pacifique, Rachad condamne l'implication de certains partis d'opposition, de certains religieux, et d'une partie de l'élite politique, médiatique et artistique, qui ont demandé l'intervention des militaires dans les affaires politiques, ainsi que leur alliance avec les "foulouls" du régime Moubarak et leur soutien au coup d'État.

Les forces politiques soutenant le coup d'État se trompent si elles croient qu'il s'agit d'un redressement révolutionnaire à même de résoudre les problèmes de l'Egypte. Nous croyons, au contraire, que cette aventure irresponsable va approfondir les divisions au sein de la société égyptienne, porter atteinte à la foi des Egyptiens dans le système de gouvernance démocratique, et permettre à la contre-révolution de rétablir le système politique qui dominait avant le 25 janvier 2011. Ces forces se trompent aussi, si elles croient qu'elles vont sortir victorieuses; elles seront à leur tour victimes de la répression militaire. L'expérience algérienne n'est pas loin; la junte militaire s'est retournée contre ses alliés après le coup d'État du 11 janvier 1992.

Pour le mouvement Rachad, quels que soient les différends politiques et les erreurs du président Morsi, ces problèmes doivent trouver leur solution dans le cadre de la légitimité constitutionnelle. Si le président Morsi peut-être déposé aujourd'hui par la force, qui pourra garantir que le prochain président ne le sera pas à son tour ? Les statistiques mondiales des coups d'État montrent clairement que tout coup d'État fracture la légitimité et encourage d'autres coups. Un coup d'État militaire n'est pas une recette pour la démocratie. Ceux qui veulent une vraie démocratie doivent se rendre compte qu'ils ne peuvent pas simplement renverser le gouvernement élu parce qu'ils le détestent. Les élections sont le seul chemin pour accéder au pouvoir ou le quitter.

Les exécutions commises par les militaires égyptiens à l'encontre de certains manifestants pro-Morsi, les arrestations qui ont touché des centaines de cadres des frères musulmans ainsi que d'autres leaders politiques et religieux, les tentatives d'assassinat dont ils ont fait l'objet, ajoutés à la fermeture de chaînes de télévision et de journaux proches du président légitime, tout cela constitue une violation indéniable des droits et libertés constitutionnelles, et une régression de la situation des droits de l'homme en Egypte, après une nette amélioration dans ce domaine, durant les deux dernières années.

L'arrestation d'un grand nombre de leaders politiques et religieux, essentiellement des membres du mouvement des frères musulmans, est une tentative de couper la base du mouvement de sa direction, de priver les militants d'un encadrement et de pousser certains d'entre eux à commettre des actes de violence, afin de justifier à posteriori le coup d'État. C'est exactement ce qui s'est passé en Algérie il y a plus de 20 ans.

Le régime despotique et corrompu issu de ce coup d'État militaire, sera forcément soumis à la pression et au chantage des pays qui ont planifié, financé et soutenu le coup d'État, ce qui va forcément fragiliser la souveraineté nationale, sur le plan de la décision politique, des choix économiques et de l'orientation de la politique étrangère. L'intervention de l'armée dans la vie politique constitue une menace certaine pour la sécurité nationale, car l'armée s'occupera de gérer la vie politique interne au lieu de se consacrer entièrement à la protection du pays contre toute agression étrangère.

Ce qui se passe en Egypte, montre encore une fois, hélas, que le drame des sociétés arabes, réside dans la mainmise des militaires et des "moukhabarate" sur la vie politique, leur domination sur la société et leur contrôle des ressources du pays. Ceci trouve son ancrage dans la mentalité des élites militaires et civiles, qui croient que l'armée est le détenteur ultime de la souveraineté - au dépends du peuple, considéré comme une menace pour la « sécurité nationale » - et délègue le pouvoir aux élites civiles qui ne doivent pas nier que l'armée est la source du pouvoir. Le salut des sociétés arabes, passe inévitablement par le rejet catégorique de cette mentalité, et la soumission des forces armées au pouvoir politique, civil et élu.

Ce coup d'État militaire dévoile encore une fois la politique des "deux poids, deux mesures" adoptée par les grandes puissances occidentales, qui dénoncent et s'opposent aux putschistes contre des régimes, même illégitimes, qui leur sont serviles, et qui vont jusqu'à exprimer de la compréhension, voire justifier et soutenir des putschs contre des autorités légitimes, comme ce fut le cas pour l'Algérie.

Le mouvement Rachad, appelle nos frères égyptiens, particulièrement la jeunesse, à faire le choix de la résistance non violente pour faire face aux putschistes, et à ne pas tomber dans le piège de la violence que leur tendent les militaires, aux conséquences désastreuses pour l'Egypte et le monde arabe.

Secrétariat du Mouvement Rachad
4 juillet 2013

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